mercredi 11 novembre 2009

La république du rire

Ces jours-ci, le sarkozysme semble s'enfoncer avec son chef dans le ridicule. Après le mensonge puéril de Nicolas Sarkozy à propos de à sa présence à Berlin lors de la chute du mur, qui stimula l'imagination satirique des internautes, ce sont les zélateurs du président qui s'y mettent. Hier, je vous parlais d'Éric Raoult, Ubu de sous-préfecture, qui voudrait soumettre la lauréate du Goncourt à l'obligation de réserve.

Cette sottise tonitruante a fait passer presque inaperçue une saillie, pourtant potentiellement aussi comique de Jean-François Copé. Le chef du groupe UMP à l'Assemblée, a en effet annoncé son opposition à la création d'une commission d'enquête parlementaire sur les sondages de l'Élysée. À première vue, ce n'est guère étonnant, s'agissant d'un homme qui est là pour faire marcher la troupe présidentielle au pas. À seconde vue, lorsqu'on regarde les raisons de cette prise de position, l'envie de sourire vous prend, car c'est au nom du «principe intangible de la séparation des pouvoirs», qu'il parle. Le parlement, émanation du peuple et représentant de sa souveraineté dans notre système, n'aurait donc aucun contrôle à exercer sur l'usage que le président fait des moyens financiers qui lui sont accordés? Rappelons d'autre part que sous le règne de M. Sarkozy, l'indépendance de la justice, autre pouvoir en principe émancipé des autres, est particulièrement malmenée.

C'est avec la suite des propos de M. Copé que le fou-rire vient: «Si ce principe n'est pas respecté, c'est la confusion des pouvoirs et c'est le début de la dictature»
Nous vivons sous l'autorité d'un homme, Nicolas Sarkozy, qui veut décider de tout, nomme à tous les postes d'importance ses proches, intervient en faveur de sa famille, fait revoter les lois quand les choix du parlement ne lui conviennent pas. Un homme qui s'obstine à imposer à la société des bouleversements que les Français réprouvent massivement. Un homme qui se met en scène à la moindre occasion, dans une version modernisée du culte de la personnalité…
Cela ne ressemblerait pas à l'amorce d'une dictature, par hasard ?


P-S. Gaël publie la 6e livraison de l'Autoroute, dont on peut lire les premier épisodes sur Caméléo. Rappel: sur le même site, vous pouvez aussi découvrir Le Roman d'Arnaud

mardi 10 novembre 2009

Encore un mur qui tombe!


Une petite information, lue sur le site du Nouvel-Obs, m'a laissé d'abord bouche bée devant mon écran, avant de me donner envie de rire ou de mordre. Plutôt de mordre, il y a des jours comme ça. Nous vivons en ce moment dans le symbolisme des murs qui tombent, ça doit expliquer pourquoi Eric Raoult, député de Seine-Saint-Denis, a voulu fracasser à lui seul le mur de la connerie. Et il a réussi, en invoquant un fantasmatique «devoir de réserve, dû aux lauréats du Prix Goncourt», parce que des propos tenus par Marie NDiaye sur la France de Nicolas Sarkozy, l'ont choqué.

C'est bien d'un fantasme de gaudillot encouragé par des temps d'autocratie hyperbolique, qu'il s'agit. Mme NDiaye s'est exilée à Berlin par dégoût de la France sarkozyste, c'est son droit, à partir du moment où elle a la chance de pouvoir le faire. Elle l'a dit, c'était sa liberté de parole, l'un des plus précieux pouvoirs du citoyen, qui, pour l'heure n'a pas encore été totalement aboli.

L'Académie Goncourt est actuellement composée d'une dizaine d'écrivains, et, que l'on sache, il ne s'y trouve aucun représentant de l'état, pas plus qu'il n'est exigé de ses membres la qualité de fonctionnaire. Peut-être faut-il craindre, si M. Sarkozy voyait son mandat renouvelé en 2012, son amour de la littérature aidant, une profonde réforme de ce cénacle? Il faudrait alors nous attendre à l'irruption, au palmarès du Goncourt, d'une lignée d'écrivains sarkozystes, dont quelque proche parent du président pourrait bien ouvrir la liste.

Toutefois, pour l'heure nous n'en sommes pas là, et pour prestigieux qu'il soit, le Prix Goncourt reste un événement culturel privé, échappant aux attributions du ministre de la culture, auprès duquel M. Raoult vient de se plaindre. Invoquer un «devoir de réserve» attendu des auteurs primés est une bouffonnerie. Il se trouve que Marie NDiaye s'était exprimée sur le sujet qui blesse aujourd'hui le patriotisme de M. Raoult, bien avant que son roman, «Trois femmes puissantes» soit couronné, mais là n'est pas la question. C'est l'honneur d'un écrivain, homme ou femme, de savoir rester libre. C'est parfois son privilège de ne rien devoir à personne et de rester couvert devant le roi, si ça lui chante.

Éric Raoult, dont les principaux faits d'armes parlementaires visaient à rétablir la peine de mort, estime pour sa part que le «message délivré par les lauréats se doit de respecter la cohésion nationale et l'image de notre pays». Avec de tels propos, dont la balourdise l'abaisse au niveau d'un Frédéric Lefebvre, M. Raoult fait accomplir un petit pas de plus dans l'autoritarisme à un régime disqualifié. Certes, s'agissant d'un simple troupier de la garde, le pas n'aura guère de portée et glissera sans doute sur une bouse, mais il en dit long de l'état d'esprit qui prévaut dans la mouvance du pouvoir. Aujourd'hui il s'agit de faire rentrer les têtes qui dépassent, taire les voix qui portent, et demain, on dotera chaque Français d'une muselière.

P-S. À lire chez Gwendal: Non le communisme n'est pas mort

lundi 9 novembre 2009

La vérité sur le Collisionneur de Hadrons

Un événement d'importance m'incite à réveiller la rubrique scientifique de ce blog, assoupie depuis plusieurs mois. Le Grand Collisionneur de Hadrons est à nouveau en panne. Et cette fois, le doute n'est plus permis: il s'agit bel et bien d'un sabotage, mais inutile de porter vos regards vers Julien Coupat et ses amis, ils ne sont pas en cause. En effet, une analyse rigoureuse de cette dernière péripétie permet de déceler indubitablement une cause métaphysique à la source de l'intention malveillante.
Une fois de plus, suis-je tenté d'écrire, car le lecteur assidu du Coucou se souviendra sans doute que j'ai vainement tenté d'alerter la communauté scientifique lors de la panne précédente. Les faits, dès cette époque, ne laissaient pourtant place à aucun doute: Benoît XVI et Nicolas Sarkozy, premier du genre, s'étaient concertés quelques jours auparavant à Paris, les journaux de septembre 2008 en font foi. Il crevait les yeux et assommait la raison qu'il y avait collusion d'intérêts anti-collisionneur entre ces deux là.

Pour le lecteur profane, rappelons que le LHC se propose rien moins que de recréer les conditions de l'univers, environ un dix-milliardième de seconde après le big bang. Pour nos comploteurs le risque bien réel existait qu'à un poil de milliardième de seconde près, la belle mécanique du CERN crevât d'enthousiasme le mur de la singularité première… Pour découvrir quoi, de l'autre côté, l'œil de Dieu? Rien? C'est l'hypothèse de ce Rien porté à incandescence qui terrifiait nos hommes. Imagine-t-on le pape obligé de mettre la clef du Vatican sous la porte, M. Sarkozy remballant sa laïcité positive, couverts de honte l'un et l'autre?

Je dois cependant avouer que le sabotage de Mardi dernier apporte de nouveaux éléments des plus troublants. L'exécuteur du sabotage fut un oiseau armé d'un croûton de pain: on ne peut ignorer la trace symbolique laissée par cette attaque. Le volatile n'était pas kamikaze, et n'a donc pu être formellement identifié, tout porte cependant à croire qu'il s'agissait d'une colombe blanche, agent biblique s'il en fut. Le choix d'un quignon de pain comme vecteur du court-circuit fatal n'est pas innocent non plus —c'est à la sueur de notre front, que nous devons gagner le nôtre.

Bref, un esprit scientifique ne doit pas craindre de remettre sa meilleure théorie en question à la lumière de l'expérience. Il est probable que c'est l'œil de Dieu, ou son fondement, que le Grand Collisionneur de Hadrons est en passe révéler. Or, Dieu est notre passé et notre futur en même temps. D'où il nous attend, il n'aime pas qu'on aille le chatouiller où il était, et il prend des mesures pour nous inculquer la politesse. Il commença par nous envoyer Nicolas Sarkozy dès qu'il eut vent du projet de LHC. La communauté scientifique dégusta, et pour faire bonne mesure, le peuple aussi —souvenons-nous des sept plaies d'Egypte: Dieu a toujours eu la main lourde. Comme le signe n'était pas compris, il inspira la rencontre que l'on sait entre son représentant sur terre, Benoît, et le collisionneur des taxes et réformes…

Et le LHC fut en panne.

Les scientifiques s'obstinèrent cependant contre toute morale à réparer l'appareil du diable. Alors, il dépêcha son oiseau (lequel, soit dit en passant, put fort bien partir du colombier de l'Élysée, puisque l'agenda présidentiel était vide ce mardi-là).
On le voit, il faut prendre très au sérieux ces avertissements du ciel, et en cela je rejoins sans hésiter les hypothèses d'un physicien comme Holger Bech Nielsen, qui théorise une intervention du futur dans notre présent, afin d'empêcher la quête du hadron. Cela me semble venir en renfort de ma propre contribution: d'où il nous attend [le futur], Dieu n'aime pas qu'on aille le chatouiller où il était, et il balance des Sarkozy ou des croûtons de pain dans le présent.

sources d'inspiration: En quête de sciences, CNRS

P-S. Ce soir, je vous conseille de lire chez Arf: L’arena di bella ragazza, et L’âme est ce gaufrier…, par Lediazec, sans oublier de voir le portrait d'Eva Joly, par Peuples…

dimanche 8 novembre 2009

Ils ont trouvé la solution

Cette semaine, le rébus était assez facile, il y a d'ailleurs huit bonnes réponses à ce petit jeu, données par: la Mère Castor, Poison-Social, Éric, Madame.b, Epamin', Celeste, Mtislav, et Philzone…
Bravo aux gagnants et merci à tous ceux qui ont participé!


Le rébus du dimanche



Dans ce rébus se cachent le prénom et le nom d'une personnalité du monde politique —qui peut être vivante ou décédée, et appartenir à n'importe quelle région du monde. Si nécessaire, cliquez sur l'image pour l'agrandir… À vous de jouer!
(les commentaires sont modérés pour tenir les réponses secrètes jusqu'à ce soir)…


vendredi 6 novembre 2009

Nicolas 1er : bilan provisoire

Le journal
La voix des ans pires


À l'approche du troisième anniversaire de l'accession au trône Franchois de l'Empereur Nicolas 1er, votre journaliste a recueilli les impressions de l'une des plus proches collaboratrices de Sa Majesté. Qui d'autre, mieux que Mlle Adèle, camériste du couple impérial, aurait pu nous confier les éléments d'un bilan sincère de ce début de règne?

Le journaliste: on peut dire que vous partagez l'intimité de l'Empereur?
Mlle Adèle: ça oui ! C'est moi qui fais le lit tous les matin et la couverture le soir… Je sais tout.
—Comment se porte le Bien Aimé?
—Sur ses pieds, toujours bien droit.
—Mais sa santé?
—Excellente, malgré qu'en ce moment, il flippe un peu. Comme il dit souvent: c'est du gros travail, la charge d'un empire!
—D'où vient cette mélancolie?
—De nulle part, vous alors! Sa Majesté, il est fidèle à Sa Gracieuse Lala, je peux jurer: moi, j'ai jamais vu de Mélancolie dans son lit.
—Je voulais parler de ses soucis, pas de sa vie privée…
—Ah, ça! C'est rapport aux rumeurs, que soi-disant y a des Franchois mécontents.
—En effet, il est question de sondages clandestins qui indiqueraient une légère baisse de popularité de Nicolas 1er. Qu'en pense-t-il?
—Que les Franchois sont des cons. À cause d'eux, il a donné un coup de pied au petit chien de Lala, et cassé exprès une potiche… Ah! et puis, il a traité le bon Saint-Henri et M. Cloclo le Béant de connards incapables… Si vous voulez mon avis, c'est le coup du prince Janou qu'est la cause de tout ça. Il a pas pu le nommer au poste qu'il voulait, à cause des médisances internationales et tout. Alors, il trouve que c'est la faute aux conseillers qui ont pas trouvé le moyen de vendre le truc à l'opinion, comme il dit. Faut dire que c'est un monde, quand même! Ça sert à quoi d'être empereur, si on peut pas faire ce qu'on veut dans son chez-moi? En plus, avec tout le mal qu'il s'est donné pour qu'on soye un pays moderne: la taxe sur les souliers, l'injustice fiscale comme des américains, l'industrialisation de l'hôpital, les parcs à chômeurs, et la prospérité qui revient, grâce au «faire travailler plus pour gagner plus»… C'est pas rien, ces choses! Il les répète tous les jours à Lala en ce moment, alors je les sais par cœur.
—En somme, est-ce un bilan positif, plutôt positif, ou très positif, que vous tirez des deux premières années de règne de notre maître à tous?
—Hyperpositif! Grâce au Bien Aimé, on est devenu un vrai pays de conte de fées: y a des gens qui rappliquent de partout pour nous voir. Vous pouvez l'écrire!
—Mlle Adèle, je vous remercie.
Propos recueillis par Le journaliste.

Muses innocentes: Rue89, Sarkofrance, PMA, Section socialiste de l'île de Ré, Je voulais vous dire…


jeudi 5 novembre 2009

Le juge Bruguière n'a rien à dire

Ce matin, Nicolas Demorand recevait sur France Inter un invité de marque en la personne de l'ancien juge Jean-Claude Bruguière. On sentait M. Demorand particulièrement d'attaque, persuadé qu'il était de nous donner à vivre un grand moment de radio. Pensez: l'homme qui a été la première vedette de la section anti-terroriste du Tribunal de grande Instance de Paris !

Aujourd'hui, alors que le voici libéré de ses fonctions de magistrat, et donc de la part la plus étouffante de son obligation de réserve, on pouvait attendre de lui qu'il jetât un nouvel éclairage sur les affaires qu'il avait eu à instruire, sinon des révélations sensationnelles. On attendait notamment des éléments solides permettant de comprendre son instruction de l'attentat de Karachi, une affaire remise en scène par l'actualité, et que ses implications politiques possibles rendent brûlante… Las! C'était oublier que l'ancien juge est devenu un adhérent actif de l'UMP, candidat malheureux à la députation, mais soutien éminent de Nicolas Sarkozy. C'était aussi sans compter avec le fait que M. Bruguière venait à la radio vendre sa salade, en l'occurence un livre intitulé «Ce que je n'ai pas pu dire»…

Disons-le tout net: inutile d'acheter le bouquin et d'apporter des droits d'auteurs en complément de retraite à M. Bruguière. Ce qu'il n'a pas pu dire hier, il ne le dit pas davantage aujourd'hui, s'il faut en juger par ses propos de ce matin, émaillés de «je le dis dans le livre», «mon livre», «le livre». Des généralités vaseuses, destinées à défendre mine de rien la prise en main de la justice par Nicolas Sarkozy, oui, il y en eut. Sur Karachi, on l'entendit confirmer qu'à ses yeux, il ne pouvait s'agir que d'un attentat d'Al-Quaida, et concéder que des questions pouvaient se poser sur les commanditaires.

«Vous êtes dur à accoucher», constata Demorand, dont tous les efforts, et ceux de ses co-interviewers furent vains à obtenir des réponses claires aux questions. M. Bruguière se défendit de pratiquer la langue de bois, et sans doute était-il sincère. Le timbre fâcheusement pâteux de sa voix aidant, c'est plutôt de la langue de mastic, glissée dans les moindres failles d'un discours de bois, qu'il nous fut donné d'entendre.

P-S. Lectures du matin, chez Juan: Affaire Coupat, qui est coupable? À voir chez Rimbus: une critique d'un autre livre, celui de Jacques Chirac… Et la contribution de Me Eolas au débat sur l'identité nationale… Enfin, le coup d'œil de PMA sur le demi-mandat de Nicolas Sarkozy…